Nuit interminable, comme le sont les rêves dans la fièvre. L’orage quand je rentrais…, un orage d’une violence effrayante… jamais je ne me sentis plus petit. Tantôt le tonnerre roulait, alors il s’écroulait de tout côtés, tantôt il tomait droit, en furie : il y avait un vacillement de lumières se déchirant en des craquements qui aveuglaient. J’était si faible à ce moment-là que je tremblais de n’être plus sur terre : j’étais dans la grandeur céleste où la maison vibrait comme une lanterne de verre. L’élément liquide également, l’écroulement des eaux du ciel… plus de terre : un espace sonore, renversé et noyé de rage. L’ouragan était lui-même interminable.. j’aurais voulu dormir, mais l’éblouissement d’un éclair me mettait la vue à vif. Je m’éveillais de plus en plus et la chute de la foudre en claquant ouvrait cet éveil à une sorte de terreur sacrée. La lumière était éteinte depuis longtemps. Soudain elle se ralluma et aussitôt je l’éteignis. A ce moment je vis une raie de lumière sous la porte. (Georges Bataille – L’abbé C.)

