Sur le plateau de Carsulae, au nord de Terni, de très bon matin, au sortir d’une nuit dans le véhicule aux abords d’Acqua Sparta et d’un long rêve (un tunnel ou je suis coursé nu par des chiens – quelque chose au moins de tangible, dans ma vie), nous voici dans les ruines, avec de la neige encore dans les interstices, de la ville aux pierres qui brillent, jadis camps avancé de Vespasien, le premier assiégeant destructeur romain de Jérusalem, contre Vitellius, celui pour lequel le cadavre d’un ennemi sent toujours bon. Affaiblie par la déviation de la Via Flaminia vers l’est, la cité contient alors les restes, tête et genoux, d’une statue géante de l’Empereur Claude, né a Vienne sur le Rhône au pied de la montagne où je suis né, où l’on dit que Ponce Pilate, nommé ici proconsul, se serait, de remords, précipité dans le Rhône.
Passant sous l’arc de Saint-Damien, je vois le petit tableau du Louvre avec la décapitation de Saint Côme et Saint Damien et de quelques autres, avec leur tronc rejetant le sang et les têtes nimbées d’or au sol. Alors, l’Art je n’en veux plus, mais la décapitation oui ! et avec le couteau d’Agnès je ne peux que m’égorger…
Au sortir d’une nuit d’après dans le véhicule, dans la neige, dans les Abruzzes, toutes fontaines gelées, encore dans l’obscurité, nous entrons dans une boulangerie pour acheter du pain qui sort du fournil. La famille nous invite a nous laver, à boire le café au lait, et, jusqu’au milieu de l’après-midi où le père reprend son travail, nous parlons dans la petite arrière boutique, mi-italien, mi-français, de ce dont alors pour eux souffre l’Italie, les Brigades Rouges, la corruption, le manque d’État. Ils parlent aux bords des larmes.
(Pierre Guyotat, Coma)
Sull’altopiano di Carsulae, a nord di Terni, di buon mattino, uscendo da una notte, nell’auto, nei dintorni di Acquasparta e da un lungo sogno, (una galleria dove sono rincorso nudo dai cani - qualche cosa almeno di tangibile, nella mia vita), eccoci tra le rovine, con la neve ancora negli interstizi, della città con le pietre che brillano, un tempo campo avanzato di Vespasiano, il primo assediante distruttore romano di Gerusalemme, contro Vitellio, per il quale il cadavere di un nemico ha sempre un buon odore. Indebolita dalla deviazione della Via Flaminia verso l'est, nella città si trovano ancora i resti, testa e ginocchia, di una statua gigante dell'imperatore Claudio, nato a Vienne sur le Rhône, ai piedi della montagna dove sono nato, dove si dice che Ponzio Pilato, nominato qui proconsole, si sarebbe, per il rimorso, gettato nel Rodano.
Passando sotto l'arco di San-Damiano, vedo il piccolo quadro del Louvre con la decapitazione dei Santi Cosma e Damiano e di alcuni altri, col loro tronco che schizza sangue e le teste coronate d’oro a terra. Allora, non voglio più saperne dell’Arte, ma la decapitazione sì! e col coltello di Agnese posso solamente sgozzarmi...
All’uscita della notte successiva, nell’auto, nella neve, negli Abruzzi, ogni fontana gelata, ancora nell'oscurità, entriamo in una panetteria per acquistare del pane che esce dal forno. La famiglia c'invita a lavarci, a bere il caffè latte, e, fino a metà pomeriggio quando il padre riprende il suo lavoro, parliamo nel piccolo retro bottega, metà-italiano, metà-francese, di quello di cui allora per loro soffre l'Italia, le Brigate Rosse, la corruzione, la mancanza di Stato. Parlano quasi piangendo.